En ce mardi 8 mai, l'Université et le Cinéma se sont rencontrés, se sont reconnus et se sont aimés à Safi. A l'occasion des « Deuxièmes
Journées Cinématographiques » organisées par la Filière des Etudes Françaises de la Faculté Poly-disciplinaire de Safi, s'est tenue la conférence intitulée «
Nouvelle Dynamique du Cinéma Marocain ».
Rassemblés autour d'une même table, les autorités de la Faculté de Safi, les enseignants de Lettres Françaises, et les professionnels dont le Centre Cinématographique Marocain, ont parlé d'une seule voix en faveur d'un développement de la culture de l'image. Sujette hier encore à la risée, l'étude de l'image s'est aujourd'hui imposée à l'Université Marocaine. Avec courage, le Doyen de la Faculté Poly-disciplinaire de Safi, M. El Mostapha Haddiya a pris sous son aile les « Journées Cinématographiques » car il a compris l'enjeu crucial de l'image dans la création des identités individuelles et sociales.
Se pose dès lors la question du positionnement du cinéma marocain dans cette fresque mondiale et de sa
visibilité à l'intérieur et à l'extérieur du pays. M. Mohammed Bakrim, représentant le Centre Cinématographique Marocain, est fier pour sa part de dire que le cinéma marocain existe à l’échelle
internationale et y est reconnu. Pour preuve, le Maroc fait partie des quelques rares pays élus à avoir un pavillon à Cannes. Si notre cinéma a acquis une telle légitimité, c’est, selon lui,
grâce à trois caractéristiques fondamentales: sa régularité (15 longs métrages par ans), sa visibilité (4 films marocains en tête du box office en 2006) et sa diversité à la fois thématique,
esthétique et générationnelle.
Ces jeunes, c'est à eux que pense justement le Pr. Rachid Naim lorsqu'il veut engager d'avantage l'Université dans la construction du cinéma marocain. Car le cinéma, c'est la capacité de créer sa propre image de soi. Il s'agit donc de permettre à une vision marocaine d'exister parmi la diversité des points de vue que propose le cinéma mondial.
Pour devenir un discours et un savoir, la création cinématographique doit être accompagnée par la réflexion épistémologique des chercheurs marocains. Ce sont eux qui pourront créer leur propres analyses sur leurs propres images. Ainsi, la vision que nous avons de nous-mêmes ne sera plus filtrée par le regard d'un Autre comme elle l'est aujourd'hui puisque le cinéma « non Occidental » fait l'objet de très peu d'études de la part de la communauté académique mondiale.
Si elles veulent se lancer sur cette piste de recherche, les facultés marocaines doivent avoir des outils. Elles ont besoin de réintroduire la culture cinéphilique mise à mal par la disparition à un rythme vertigineux des salles de projection. Elles ont aussi besoin de moyens. Et le Pr. Naim de plaider pour aller plus loin que l'exception culturelle, vers l'exception pédagogique, qui permettrait aux ciné-clubs académiques de sortir de l'illégalité en projetant des films exemptés de droits d'auteurs.
Afin de pouvoir « résister » dans le combat identitaire qui secoue aujourd'hui la planète globalisée, il faut un partenariat entre les décisionnaires académiques, les décisionnaires du cinéma, et les artistes afin que tous puissent devenir les maîtres de l'Image, de Notre Image!
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